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Dusan Jurkovic

La Slovaquie possédait bien avant la guerre des littérateurs écrivant sa langué, mais elle n'avait guère d'artistes plastiques de valeur qui se reconnussent pour ses enfants fidèles. C'est que les conditions matérielles où vivait le peuple slovaque étaient fort peu favorables à une floraison artistique, et d'autre part, les peintres slovaques de Moravie, s'il leur arrivait de pénétrer en territoire hongrois, risquaient d'y être regardés comme des émissaires du panslavisme, et traités en conséquence. „Les Slovaques de Hongrie vivent sous cloche", écrivait en 1908 M. William Ritter. „Il faut respirer même avec précaution, tant on se sent guetté par les juifs, espions volontaires des autorités, inquiété par une gendarmerie dont la férocité sanglante se manifeste à toute occasion, nargué continuellement par le sourire ironique ou orgueilleux, mais toujours insultant, des fonctionnaires. Partout on se sent en butte à une malveillance jalouse et armée. Point de vie intellectuelle: Les savants, les lettrés vivent claquemurés chez eux." Seule, la population des montagnes et des villages continuait d'orner avec un coloris harmonieux, dans un style naïf et frais, ses maisons, ses objets en bois et ses broderies.
Le seul artiste de grande envergure qu'eût la Slovaquie avant la guerre, l'architecte Dušan Jurkoviè, a justement demandé son inspiration à cet art populaire. Né à Turá Lúka en 1868, son enfance s'écoula dans le plus pur mi, lieu slovaque, sa famille étant de celles qui illustrèrent le plus son pays. Son propre grandpère était un de ces vaillants éveilleurs nationaux de 1848, son oncle était le chef politique Joseph Miloslav Hurban, et son cousin Svetozar Hurban Vajanský, le grand poète et journaliste. Aussi ses parents, au lieu d'en, voyer l'enfant à Budapest, préférèrentils lui faire suivre les cours de l'Ecole des Arts et Métiers de Vienne. Ses études finies, et comme il se rendait compte qu'il n'avait guère chance de se faire une carrière en Hongrie, la Moravie hos- pitalière l'accueillit.
C'est à Vsetín, centre des Valaques de Moravie, que le jeune architecte put sous un maître éclairé, développer ses talents et poursuivre librement son idéal artistique. Or, cet idéal prenait racine dans le sol slovaque, dans l'art tradition- nel et spontané du peuple. A l'Exposition ethnographique de Prague, en 1895, son maître et lui reconstituèrent, dans le „village tchécoslovaque", tout un en, semble de maisons rustiques de Moravie, et, seul, Jurkoviè construisit une „ferme slovaque", reproduction d'une curieuse architecture paysanne qu'il avait découverte dans le village montagnard de Cicmany.
Ainsi confirmé dans une voie où le poussaient son éducation et ses goûts, il voulut dès lors appliquer le style populaire à ses créations personnelles. Cet essai d'une architecture dite du ,národní svéráz" (c'est à edire de caractère à la fois rustique et national), coïncidait avec des tentatives faites en Bohême dans un sens analogue - ayant la même signification d'émancipation de l'influence étrangère - et aussi en Pologne („style de Zakopane").

Jurkovic bâtit d'abord à Frenštát les deux charmants hôtels du Touring,club connus sous le nom d'Ermitages du Radhoš (le Radhoš est le Mont sacré de Moravie. Sur cette colline dont le nom évoque une divinité de l'Olympe slave, Radegast, il imagina des architectures de bois qui, combinant de façon origi-
nale des motifs valaques et des détails slovaques, se marient harmonieusement au paysage. Cette architecture aux lignes exubérantes et d'une chantante poly- chromie ravit la jeune Moravie littéraire et artistique, dont l'enthousiasme at- tira à Brno celui qu'elle appelait le poète du bois.
On pourrait appliquer le mot de „printemps morave" à cette époque de la renaissance d'un pays qui commençait à secouer le joug germanique et fondait son théâtre national à Brno. L'organisateur du mouvement était le directeur de l'Ecole supérieure de jeunes filles de cette ville, M. François Mare"s. La vie artio- stique de la capitale morave se concentrait alors surtout dans cette école de l'as sociation Vesna (Printemps), par l'entremise de laquelle elle rayonnait dans tou- te la Moravie. Jurkovic fut invité à meubler dans le style populaire les pension nats de la „Vesna". Etabli à Brno, il joua un rôle actif dans les entreprises du Club artistique qui venait de s'y fonder. Durant cette période de son activité, il se consacra surtout à élever des maisons et des villas destinées à des familles d'intellectuels tchèques. Conquis de bonne heure par les principes du modern style, fraternellement accueilli par le chef du groupe moderne des architectes tchèques, Jan Kotìra, dans les rangs de l'association pragoise Mânes et dans les colonnes de la revue qui est son organe, les Volné Smìry, Jurkoviè sut concilier d'une façon originale et séduisante les exigences du confort moderne et le charme plastique de l'art populaire. L'harmonie qu'il sut donner à cette syn- thèse s'affirma toujours plus élégante, plus sobre, plus nuancée. Il devint ainsi un ensemblier très prisé. Des revues d'art et d'architecture de l'étranger ont fréquemment reproduit des photographies de villas qu'il a construites à Rezek, à Žabovcesky, à Bubenec (Prague), ainsi que de la maison du peintre slovaque Joža Uprka, aménagée par ses soins.
A ce moment de sa carrière, le docteur Veselý, directeur de la station balné- aire de Luhacovice en Moravie, la seule qui fût alors purement tchèque, eut l'idée d'utiliser le talent de Jurkoviè pour créer, au milieu d'un décor naturel charmant, des Thermes slaves, qu'il commença de réaliser en adaptant à son style autochtone et particulier l'établissement thermal et un certain nombre de' constructions à l'usage du public. Il faut déplorer qu'on n'ait pas cru devoir continuer dans la même voie et que les constructions de Luhaéovice, au lieu de présenter un harmonieux ensemble, soient devenus un amas de bâtisses hétéro- clites. Nous connaissons, de la main de Jurkovic, un plan général pour la ré, organisation de cette station. Ce n'est plus, hélas, qu'un beau rêve, et sans dou- te condamné à ne se réaliser jamais.
Un sort tout aussi fâcheux a été réservé au vaste plan des constructions ecclé- siastiques qui devaient couronner encore une autre colline sacrée de Moravie, le Hostýn. Ici encore, l'artiste n'a pu réaliser son projet que d'une façon par, tielle. Le supérieur jésuite, homme plein de goût et de finesse, qui administrait le monastère de Hostýn, s'était fort heureusement laissé gagner par les idées nouvelles, et avait demandé à Jurkovic, tout protestant que fût celui ci, le de, vis d'un asile pour pèlerins, de chapelles, d'un chemin de croix. Mais ce dernier seul fut exécuté, ensemble gracieux et frais de petites constructions en pierre et en bois dont les formes polychromées jaillissent de la profonde verdure des bois comme autant d'apparitions d'un conte populaire.
Cependant l'artiste s'attela bientôt à des tâches plus ardues. Un grand in, dustriel tchèque, M: Cyrille Bartoò ,Dobenín, qui venait d'être anobli, chargea Jurkovic de restaurer le magnifique château féodal qu'il avait acquis à Nové Mìsto en Bohême. L'imagination de l'architecte slovaque put prendre enfin son essor. Tout en respectant ce qu'avaient légué les siècles, il composa des in, térieurs à la fois pittoresques et confortables, ajoutant au château des parties nouvelles et aménageant de main de maître les terrasses des jardins. Il travailla aussi pour un autre Barton, le mécène de Zbraslav, et pour M. Veselý, le pro, priétaire de Molitorov.
Le tocsin de la grande guerre appela Jurkoviè sous les drapeaux. Mais il ne cessa point de faire oeuvre d'architecte, et n'eut que trop d'occasions de semer les versants des Carpathes de ses émouvants et sobres cimetières militaires, ar- rangements de pierre et de bois d'un accent toujours personnel.
Après la guerre, Du"san Jurkoviè, qui s'empressa de rentrer dans sa Slova- quie natale, fut le premier administrateur du Service des monuments slovaques à Bratislava, où il fixa sa résidence. Toutefois il semble que son pays ne tire pas de ses grandes aptitudes tout le parti qu'il pourrait, et le néglige un peu. Il est pourtant tant de problèmes architectoniques que nul n'est mieux fait pour résoudre! Car Jurkoviè a pénétré mieux que quiconque l'art slovaque, qu'il a consacré toute sa vie à étudier et à faire connaître. N'atil même pas pris la plume pour en propager la connaissance? Entre tant de manifestations de son activité dans ce domaine, citons un recueil de planches gravées, Les Travaux du Peuple Slovaque, qui avait commencé de paraître à Vienne avant la guerre et qui ne demande qu'à être repris.
La seule commande que lui ait faite jusqu'ici la Slovaquie présente, il est vrai un caractère monumental. C'est la construction d'un mausolée du général Štefànik, sur le sommet de la montagne de Bradlo. Dans cette contrée où il est né, M. Jurkoviè construisit cet amas simple et grandiose de blocs de travertin slovaque qui forme l'immense sarcophage du héros, et les quatre imposants pylônes qui semblent veiller sur son souvenir.

František Žákavec
Zdroj: Dílo Dušana Jurkovièe

 

DUŠAN JURKOVIÈ


 

 

www.jurkovic.cz    Dušan Jurkoviè - Básník døeva. Valašské domy, Døevìnice, Roubenky, Sruby, Lidová architektura, Národní sloh.